CARÊME ŒCUMÉNIQUE
Pour la cinquième année consécutive, l’esprit sainf accueille le carême oecuménique, suite de cultes et de messes qui réunissent des pasteurs, des prêtres et des fidèles des Églises protestante, catholique romaine, catholique chrétienne et anglicane. Déjà une forme de biodiversité. Pour inscrire cette cinquième édition dans le thème de la campagne oecuménique de Carême « semer l’avenir », nous avons invité Yann Mingard, un photographe et paysagiste qui a travaillé sur la préservation des semences (Deposit) et récemment sur les plantes invasives (Indociles).
L’idée de départ était de suspendre dans le choeur de l’Église Saint-François des photos des travaux de Yann Mingard qui nous accompagneraient pendant le Carême. Mais la rencontre nous a conduits ailleurs. C’est le risque lorsqu’on accueille quelqu’un : qu’il nous déplace, nous décentre, nous bouscule.
Face aux défis que pose à l’avenir la question des semences et plus largement de la biodiversité, exposer une énième fois des photographies aux cimaises de Saint-François n’intéressait pas le photographe. De manière organique, sa présence et son apport ont orienté les participants vers un échange alerte et animé. Un consensus s’en est dégagé : le plus grand danger qui guette la vie et le vivant, c’est « l’entre-soi ».
Les algorithmes de nos réseaux sociaux, l’effacement des grands récits idéologiques et religieux, la polarisation des opinions, la perception diffuse des menaces qui pèsent sur la planète et sur la vie, tout cela incite les individus à trouver refuge dans des cercles et des groupes aux frontières de plus en plus exclusives et radicales, qu’ils soient religieux, politiques, identitaires. Dans une société plurielle, diverse et divisée, la tentation est grande de vouloir « séparer le bon grain de l’ivraie ».
Cet « entre soi » menace toutes nos Églises ; et même un carême oecuménique qui rassemble des fidèles de confessions différentes n’en demeure pas moins un cercle restreint de fidèles, de croyants, de chrétiens convaincus, généralement de la même génération. De manière très organique et spontanée a surgi l’idée d’inscrire le Carême 2026 dans cette volonté de dépasser l’entre-soi habituel de nos Église pour rassembler des personnes différentes, de tous les horizons, de toutes les opinions, de toutes les sensibilités pour qu’elles se rencontrent au-delà des clivages et des identités qui les confinent dans des cercles restreints.
Faire de l’Église un espace de biodiversité humaine où les participants pourront se rencontrer, se parler, s’écouter sur des sujets qui traversent nos sociétés et qui sont généralement perçus comme clivants.
Persuadée que l’on ne peut pas « semer l’avenir » sans reprendre goût à la rencontre, à la conversation, l’équipe du Carême oecuménique propose de vivre un week-end entier à Saint-François.
QUEL EST LE SENS AUJOURD’HUI DE SÉPARER LE BON GRAIN DE L’IVRAIE ?
Du monde dans l’église. Il n’y a pas de centre, mais une sorte de cercle pas très rond. Nous parlons des graines, de la vie, de ce qui nous échappe, de ce qui nous oppose. Chacun·e peut déposer une question qui n’est pas signée. Elle sera lue, avec d’autres. Qui veut pourra répondre, par un raisonnement, un partage d’expérience, un feeling, un poème. Qui veut prolongera.
Les 20, 21 et 22 février 2026, le photographe Yann Mingard et le dramaturge Eric Vautrin proposent de se retrouver à l’église Saint-François pour échanger autour de nos besoins et de nos manques, du nécessaire et du suffisant, de ce qui nous lie et ce qui nous éloigne.
Certains thèmes seront privilégiés, en partant de la graine : l’origine, la semence, le contexte-humus, les phases de la gestation, la prolifération, la contamination, le besoin, les symbioses et les alliances, l’utile et l’envahissant, la croissance, les efflorescences, les cycles, la compréhension et la croyance, l’empathie ou l’acceptation de ce qui se développe sans être maîtrisé… Ces thèmes seront transformés par nos échanges. D’autres surgiront.
Ceci est une invitation à une discussion ouverte, à partir de questions partagées, pour contester l’entre-soi qui domine nos échanges ordinaires. Des scientifiques, des religieux·ses, des artistes, des poète·esse·s sont présent·e·s, mais n’ont pas voix au chapitre plus que d’autres, plus que chacun·e. On dit qu’un champignon seul dans un terre fertile y construit un réseau fermé. L’arrivée d’un autre champignon provoque une guerre, le premier essayant d’éradiquer l’arrivant. L’installation d’un troisième champignon fragilise le conflit, le premier lâche le deuxième et attaque le troisième. Un quatrième, un cinquième apparaissent et la paix s’installe, un équilibre solide prend vie (Hervé Covès).
Venons faire champignon, venons en parler.
LE BON GRAIN ET L’IVRAIE
Le fil rouge de « Rencontres de la Zizanie » sera la parabole de Matthieu dite du « bon grain et de l’Ivraie » dont nous aurons confié la réécriture à diverses personnes, connues ou inconnues. Ces réécritures seront lues à plusieurs reprises dans le week-end.
CONVERSATIONS
Des temps de « conversation » d’environ deux heures, rythmeront le week-end. Les questions abordées, débattues, viendront des participants eux-mêmes. Lors de ces conversations, l’équipe du carême oecuménique y glanera les thèmes des prédications que l’on pourra écouter pendant les cultes et messes des samedis du Carême. Des personnes ressources participeront à tout le week-end et pourront intervenir en partageant leurs compétences. D’autres, appelées complices, participeront partiellement au week-end.
TABLE PARTAGÉE
Il est prévu que pendant le week-end, les participants partagent des repas simples ou des collations servies dans l’Église, des temps propices à la rencontre, à l’échange interpersonnel.
CÉLÉBRATION
Le culte du samedi tentera de relever le défi de proposer sans imposer, d’inclure sans exclure, d’accueillir sans intimider les personnes que les Églises ont distancées et qui n’ont plus les codes pour comprendre une célébration.
LA MAIN À LA PÂTE
Un atelier confection et cuisson de pains sera l’occasion pour les participants de se rencontrer différemment et de faire connaissance. Le pain de la célébration du samedi soir sera confectionné dans cet atelier. Les participants repartiront avec un pain à partager avec d’autres, idée du compagnonnage (littéralement partager le pain avec).
PROGRAMME DU WEEK-END
VENDREDI 20 FÉVRIER
18h-18h30 : office
19h00-22h30 : rencontres
SAMEDI 21 FÉVRIER
Par intermittence : atelier pain
11h – 16h : rencontres
17h : concert
18h : célébration oecuménique
19h – 21h30 : suite des rencontres
DIMANCHE 22 FÉVRIER
10h-16h : rencontres
16h-16h30 : clôture


