L’oasis dans la ville

C’est le silence
Qui m’apporte, qui me donne
Le souffle du monde.

Il me permet
De me connaître en lui

A l’écoute
De mon être
Tel que je le pressens.

Il m’ouvre une porte
Sur un espace de calme

Où s’éclaire la présence
Indispensable.

(Guillevic, du silence. Pap et Pm édition 1995 Pully, Pierre-Alain Pingoud)

Les horaires de silence

L’église Saint François est ouverte tous les jours.

Le silence plein – l’oasis dans la ville – est assuré du mardi au vendredi, de 12h à 14h et de 16h à 18h. En dehors de ces heures, le silence n’est pas étayé mais les flaques sur les bancs et les assises dans la nef restent accessibles.

Pour vous accompagner dans l’aventure du silence, l’esprit sainf vous propose des miettes à emporter et des livres à consulter sur place.

Dieu s’est manifesté dans un souffle ténu et subtil

Le bruit, mesuré en décibels est considéré aujourd’hui comme une pollution sonore. Il atteint et limite tous mes sens. Pas seulement l’écoute, le regard aussi, le toucher, le goût. Le bruit permanent relève d’un fond qui me dissuade de faire ce travail essentiel d’intériorisation, par lequel j’accorde importance d’abord à mon être intime. La permanence du bruit risque de faire de moi un «technicien de surface», et me faire perdre le goût de la profondeur et de l’élévation. Saurais-je encore laisser monter jusqu’à ma conscience les questions les plus enfouies, mes zones d’ombre, mes aspirations les plus secrètes, mes rêves les plus fous, mes faiblesses les plus coutumières ?

L’oasis dans la ville offre un espace dédié au silence. Pas de Mp3, pas de CD, ni Bach ni Mozart, ni Coltrane ni Miles. Rien, ni note, ni croche. N’y voyez là aucun jugement porté. La musique participe à la beauté du monde, si rare et si précieuse. Mieux: l’écoute de la musique me plonge parfois dans une béatitude, semblable à celui du ravissement mystique. Heureusement, la musique est de tous les instants dans ce monde : radios, festivals, concerts, télévisions, baladeurs, web.

Quant au silence, il est négligé, déserté, redouté. C’est pourquoi, dans l’oasis, il est le premier venu, l’Invité, le V.I.P.

Faire silence.

Faire silence n’est pas une performance, ni un but en soi. Le silence pour le silence n’a pas de sens. Pas question de mesurer la durée de mes méharées sans parole ou mes continences de bavardages. Le silence ne se mesure pas, ni ne se minute. Non, le silence est la porte des sans-voix et des sans-bruit, parmi lesquels il faut compter l’Autre, l’Inaperçu, l’Imprévisible. Lui au souffle ténu (1 Rois 19) et court, Lui à la parole à la fois délicate et forte. C’est pour eux, c’est pour Lui que l’oasis invite au silence.

S’y risquer.

S’y risquer, c’est d’abord découvrir que le bruit qui m’environne est un doux chuchotement par rapport au vacarme et à l’agitation qui m’habitent et me chahutent. Suis-je accoutumé au bruit par peur de ce charivari intérieur ? Ma vocation : me familiariser avec ce «tolu bohu» interne, ce convive de toujours. Apprivoiser ce chaos suffit à toute une vie. Accueillir mes encombrements comme mes légèretés, mes bourbiers comme mes pâturages, mes aridités et mes fécondités. Ecouter ce que je suis devenu si habille à taire.

Le silence, cet étranger.

Le silence cherche asile. Etrange et étranger, il me fait peur. Des voix en moi me somment de le refouler à mes frontières Le silence, souvent je suis tenté d’y renoncer, de le fuir. Peu importe, le simple fait de l’avoir envisagé suffit à nourrir en moi des désirs de nouvelles tentatives.

Courtiser le silence.

Courtiser le silence commence dans l’effleurement, le frôlement. Puis je m’y frotte. Je m’y lustre, tout revêtu de mes désordres. Le silence, je le fréquente dans la douleur comme la douceur, la tendresse et la brûlure. Que de commencements et de recommencements, pour découvrir que mon moi ne me nourrit pas. Il m’épuise et me désole. Me rebat les oreilles. Encore du bruit ! toujours du bruit. Le silence est un combat toujours accroché et incertain. Parfois je m’avoue vaincu. Le silence l’emporte et m’emporte. Je le savoure, enfin.

Goûter au silence.

Goûter au silence, n’est pas faire ripaille. Le silence prisé me laisse sur ma soif sur ma faim. Je suis creusé par un grand désir. Le désir. Par lui se poursuit l’aventure. Au creux de cette soif et de cette faim consenties, la Parole faite chair frappe à ma porte. Me laisserai-je trouver ?

(Jean-François Ramelet, septembre 2011)